Mes origines sont à la fois bretonnes et périgourdines. Peut-être est-ce pour cela que les vieilles pierres m’ont toujours attirée. En Bretagne, les mégalithes font naturellement partie du paysage et de l’imaginaire. Mais pendant longtemps, j’ignorais que le Périgord possédait lui aussi un patrimoine mégalithique aussi riche.
Je l’ai découvert il y a quatre ou cinq ans et, depuis, ma curiosité n’a fait que grandir. Ici, pas de grands alignements comme à Carnac : dolmens et allées couvertes se font plus discrets, souvent cachés au cœur des bois ou au détour d’un chemin. Édifiés il y a plus de 5 000 ans, principalement pour accueillir des sépultures collectives, ils sont autant de témoins mystérieux des communautés du Néolithique.
Profitant d’une journée plus clémente entre deux canicules, nous sommes donc partis à leur recherche. Pour ce premier parcours, nous avons découvert les allées couvertes du Blanc, de la Maison du Loup et de la Courrège, ainsi que les dolmens de Peyre Nègre et du Breil.
Le dolmen du Breil (Saint-Léon d’Issigeac)
C’est par le dolmen du Breil que notre découverte des mégalithes périgourdins a commencé. Et il faut reconnaître que nous avons eu un peu de mal à le trouver ! À force de chercher le bon chemin, nous nous sommes même retrouvés pratiquement dans la cour d’une ferme.
Une fois devant le monument, première impression un peu mitigée : une énorme dalle inclinée, à moitié affaissée, bien loin de l’image classique du dolmen que nous avions en tête. Pas très spectaculaire, donc… du moins au premier regard.
Car en s’en approchant, le monument révèle tout son intérêt. Situé sur la commune de Saint-Léon-d’Issigeac, ce dolmen funéraire du Néolithique a été édifié il y a environ 5 000 ans. Son élément le plus remarquable est son imposante table de couverture, constituée d’un bloc de silex meulier (ou silex calcédonien), matériau particulièrement dur et inhabituel pour les mégalithes du Bergeracois. De forme presque carrée, cette dalle mesure environ 4 mètres de côté** pour une épaisseur comprise entre 1 et 1,5 mètre.
Au fil des siècles, la table a lentement basculé, écrasant la plupart des pierres qui la soutenaient. Aujourd’hui, elle ne repose plus que sur deux supports partiellement affaissés, ce qui donne au monument son aspect caractéristique.
Les spécialistes estiment que ce monument appartenait probablement au groupe des dolmens angoumoisins, dont la chambre funéraire était plus développée que celle des dolmens simples. Son état de conservation ne permet toutefois plus d’en restituer précisément le plan.
Implanté sur un léger promontoire dominant un vallon, le dolmen du Breil constitue l’un des mégalithes les plus imposants du sud du Bergeracois, même si son accès est aujourd’hui limité car il se trouve sur une propriété privée. Cette première rencontre, un peu déroutante, aura surtout été le point de départ de notre curiosité pour les mégalithes du Périgord.
Les allées couvertes de la Maison du Loup (Marsalès)
Après le dolmen du Breil, changement d’ambiance à la Maison du Loup, sur la commune de Marsalès. Cette fois, aucune difficulté pour trouver le site : il est bien signalé, avec un petit parking et un grand panneau présentant les deux allées couvertes. De là, un chemin s’enfonce dans le bois et, après quelques pas, débouche dans une clairière où apparaissent les deux monuments.
Et là, l’impression est tout autre. Le site, calme et paisible, dégage immédiatement quelque chose de particulier. Le déboisement réalisé autour des deux allées couvertes permet aujourd’hui de bien les distinguer et de prendre toute la mesure de cet ensemble vieux de plus de 5 000 ans. Après la première impression un peu mitigée laissée par le Breil, nous découvrons cette fois des monuments qui nous paraissent réellement impressionnants.
Distantes d’une vingtaine de mètres, les deux allées couvertes appartiennent au type des allées d’Aquitaine, caractérisées par une chambre funéraire allongée, plus étroite vers l’entrée que vers le chevet. Elles servaient de sépultures collectives aux communautés du Néolithique. Malgré l’effondrement de plusieurs dalles au fil des siècles, leur architecture reste bien lisible et permet encore d’imaginer leur aspect d’origine.
Les fouilles archéologiques ont révélé des ossements humains et plusieurs objets datant du Néolithique, confirmant leur utilisation comme lieux d’inhumation pendant plusieurs générations.
Aujourd’hui encore, le calme du site et la proximité des deux monuments en font un lieu particulièrement évocateur. Les allées couvertes de la Maison du Loup comptent parmi les mégalithes les mieux conservés et les plus remarquables de Dordogne.
Allée couverte de La Courrège (Saint-Cassien)
La découverte de l’allée couverte de La Courrège, à Saint-Cassien, a quelque chose d’un peu particulier. Après avoir suivi en voiture une petite route jusqu’à son terme, nous poursuivons à pied sur quelques centaines de mètres par un chemin qui s’enfonce dans les bois. Rien n’indique vraiment que nous approchons d’un monument préhistorique.
C’est presque par hasard que nous distinguons, un peu au-dessus du chemin, ce qui ressemble d’abord à un amas de pierres. Quelques pas dans le sous-bois et l’allée couverte apparaît. Il est pourtant midi, mais sous les arbres la lumière pénètre difficilement et le monument se confond presque avec la végétation.
L’intérêt archéologique du lieu est pourtant réel. Connue au moins depuis les années 1930, La Courrège est une longue sépulture mégalithique dont les côtés sont encore matérialisés par de nombreux piliers de pierre. Les relevés réalisés au fil du temps diffèrent quelque peu sur ses dimensions et le nombre exact de supports, signe aussi de la difficulté à interpréter un monument aujourd’hui très dégradé. Une partie de la dalle de couverture a notamment basculé et n’est plus en place.
Le contraste avec la Maison du Loup est frappant. Ici, pas de clairière dégagée ni de panneau explicatif : les pierres, les feuilles mortes et les arbres semblent ne faire qu’un. Cette impression que nous avions sur place est d’ailleurs confirmée par une étude récente : située sur un terrain privé, au bord d’un chemin peu fréquenté, l’allée couverte est progressivement envahie par la végétation.
C’est un peu dommage, car La Courrège mérite que l’on s’y attarde. Sans être spectaculaire au premier regard, elle possède le charme particulier de ces monuments presque oubliés que l’on a le sentiment de redécouvrir soi-même au fond des bois.
L’allée couverte du Blanc à Nojals-et-Clotte (Beaumontois en Périgord)
Après l’ambiance sombre et presque secrète de La Courrège, l’allée couverte du Blanc nous offre un tout autre décor. Le site est signalé, sans véritable mise en scène, et un petit parking aménagé permet de s’arrêter à proximité. Le monument se découvre dans un espace dégagé.
En cet après-midi ensoleillé, la lumière met particulièrement bien en valeur les grandes dalles calcaires. La première impression est excellente : le monument est imposant, son architecture immédiatement perceptible et l’ensemble dégage une véritable présence. C’est une très belle découverte et, sans doute, l’un des sites phares de notre journée.
L’allée couverte se présente comme une longue construction orientée selon un axe sud-est – nord-ouest. Elle comprend une chambre funéraire rectangulaire prolongée par un couloir d’accès légèrement décalé sur le côté, une disposition qui la rattache au groupe des dolmens angoumoisins.
Les imposantes dalles dressées supportaient autrefois plusieurs tables de couverture, dont seules deux sont encore en place. Malgré les dégradations du temps, l’ensemble conserve une allure monumentale qui permet assez facilement d’imaginer l’importance de cet édifice il y a plus de 5 000 ans.
Le monument visible aujourd’hui ne correspond toutefois pas exactement à son état d’origine. Une restauration ancienne, réalisée avec les connaissances de l’époque, a modifié son agencement, notamment en inversant le chevet (dalle de pierre verticale ou le mur de fond qui ferme l’extrémité opposée à l’entrée du monument) et l’entrée et en ajoutant une dalle latérale. Les recherches ultérieures ont ainsi conduit à revoir l’interprétation de son architecture primitive.
Classée Monument historique depuis 1971, l’allée couverte du Blanc reste l’un des mégalithes les plus remarquables du sud du Périgord. Par ses dimensions, son état de conservation et son environnement dégagé, elle est aussi l’un de ceux qui permettent le mieux de mesurer le caractère monumental de ces constructions néolithiques.
Le dolmen de Peyre Nègre (Beaumontois en Périgord)
Pour Peyre Nègre, mieux vaut savoir où chercher ! Le dolmen n’est pas signalé et c’est grâce à Google Maps que nous parvenons à le repérer, au milieu d’un vaste champ, à proximité d’un arbre isolé. Nous nous garons sur le bas-côté avec l’espoir de nous en approcher, mais le terrain est clôturé : il faudra donc l’observer à distance.
Et de loin, il faut bien reconnaître que le monument n’est pas facile à identifier. Nous n’en apercevons qu’une seule face et, au premier regard, difficile d’imaginer qu’il s’agit d’un dolmen vieux de plusieurs millénaires. C’est en connaissant ses caractéristiques que l’on mesure mieux son intérêt.
Peyre Nègre se distingue en effet par son impressionnante table de couverture en grès ferrugineux. D’environ 3 mètres de côté, elle présente une forme très irrégulière et surtout une épaisseur exceptionnelle, pouvant atteindre près de 1,80 mètre sur l’un de ses bords.
Cette énorme dalle repose aujourd’hui de façon inclinée sur les pierres qui constituaient la chambre funéraire. Plusieurs supports sont brisés ou affaissés sous son poids. La table elle-même présente une forme particulière, légèrement creusée dans sa longueur et relevée sur les côtés.
Toutes les dalles sont constituées d’un grès ferrugineux sombre, particularité qui pourrait être à l’origine du nom Peyre Nègre, « pierre noire ».
Un monument incontestablement intéressant par ses dimensions et la masse impressionnante de sa table de couverture, mais un peu frustrant à découvrir dans les conditions actuelles : observé à distance et sous un seul angle, il est difficile d’en apprécier véritablement l’architecture.
Une journée riche en découvertes
Au terme de cette journée, nous sommes revenus avec des images et des impressions très différentes. D’un monument à l’autre, rien ne se ressemble vraiment : le Breil, un peu déroutant au premier regard ; la Maison du Loup, impressionnante et paisible dans sa clairière ; La Courrège, presque oubliée dans l’ombre des bois ; le Blanc, magnifiquement mis en valeur par la lumière ; et Peyre Nègre, plus lointain et mystérieux derrière sa clôture.
Au-delà des pierres elles-mêmes, ce sont finalement les lieux et leurs ambiances qui nous ont le plus marqués. Une journée très positive, qui confirme tout l’intérêt de ce patrimoine mégalithique périgourdin, discret mais attachant… et qui donne surtout envie de poursuivre la découverte.
Sources
- HAMBÜCKEN, Anne et POURTAUD, Jean-Sébastien (dir.). Dolmens, menhirs et pierres à légende en Dordogne. Paris : Les Indes savantes, 2024. 264 p. ISBN 978-2-84654-682-9.
- Michel Leduc, Allée couverte de La Courrège – Saint-Cassien, Groupe archéologique Monpaciarus, 2022. [Consulter en ligne]
- PAUVERT, Dominique. Dolmens et menhirs de la Dordogne. Périgueux : Association pour le Développement de la Recherche Archéologique et Historique en Périgord, coll. Documents d’archéologie et d’histoire périgourdines, supplément n° 1, 1995. 128 p.
- BENALLOUL, François. Les mégalithes du Sud-Ouest. Bordeaux, 1986.
- CAUVIN, Marie-Claude. Monuments mégalithiques en Aquitaine. Paris : CNRS, 1971.












