Petites chroniques périgourdines

A Lamonzie Saint-Martin, l’église Saint-Sylvain et le prieuré oublié

Après l’avoir vainement cherché dans le bourg, je découvre l’église Saint-Sylvain de Lamonzie Saint-Martin à 2 kilomètre environ du centre, dominant la Dordogne, dans un lieu paisible et plutôt isolé.

Mais, me direz-vous, pourquoi cet intérêt pour cette petite église ? Eh bien, ce sont les recherches généalogiques qui m’ont conduite jusque là. A la recherche de mes ancêtres côté maternel, j’ai découvert une branche originaire de Lamonzie alors que jusque là, la famille semblait se concentrer sur la commune de Prigonrieux. Les deux communes, il est vrai, ne sont pas très éloignées, elles se font face, séparées par la Dordogne.

Pezet. Cartographe. Carte générale de la France. [Bergerac]. N°71. Flle 163 / [établie sous la direction de César François Cassini de Thury]. 1766.

De ces ancêtres plutôt lointains, nous sommes au XVIIIe siècle, il ne reste aucun souvenir. Cependant, j’aime découvrir les lieux qu’ils ont habités, les églises ou chapelles qui ont rythmé leurs vies et c’est ainsi que je fais de jolies découvertes.

De l’église Saint-Sylvain de Lamonzie Saint-Martin, je ne connaissais rien et en voulant en savoir plus, j’ai découvert un lieu chargé d’histoire, une activité humaine commencé il y a plus de dix siècles autour d’un prieuré aujourd’hui disparu.

L’église Saint-Sylvain, témoin d’une longue histoire

De ce prieuré complétement oublié, déserté par les bénédictines depuis le XIVe siècle, il est néanmoins possible de retracer une partie de l’histoire à partir du Cartulaire de l’abbaye royale de Saintes. Un cartulaire est un registre des titres de propriété ou des privilèges temporels d’une église ou d’un monastère. Le Cartulaire de l’abbaye royale de Saintes contient 188 chartes et couvre la période à partir de sa fondation, 1074, jusqu’à l’année 1300.

Cartulaire de Landévennec (parchemin du XIe siècle) – Licence Creative Commons.

Marthe Marsac, à partir de ces documents, a retracé l’histoire du prieuré Saint-Sylvain dans deux articles parus en 1976 dans le Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord (BSAHP). Le résumé historique que je vous propose ici s’appuie sur ce travail.

Le prieuré Saint-Sylvain, une histoire mouvementée

La construction du prieuré de Saint Sylvain, aux origines difficiles à établir, est attesté par différentes chartes, et ce, bien avant la fondation en 1074 de l’abbaye de Saintes qui en deviendra propriétaire vers la fin du Xe siècle.

En effet, le comte de Périgord, Boson le Vieux, fait don de ce prieuré à Notre-Dame de Saintes et outre cette donation, il leur remet les droits sur l’église paroissiale et les biens qu’il possède dans la paroisse, y compris les droits seigneuriaux. C’est ainsi que l’abbaye de Saintes recueille les biens du prieuré de Saint-Sylvain.

C’est un don généreux car, en cette période pacifique, la terre est fertile, les récoltes sont abondantes et les rivières poissonneuses. L’abbaye de Saintes tire un très bon rapport des terres du prieuré mais cette abondance excite à coup sûr l’envie des seigneurs voisins et le prieuré est bien loin de Saintes et de sa maison mère…

Très riches Heures du Duc de Berry – Calendrier, mars. Barthélémy d’Eyck, c. 1440 – Musée Condé, Chantilly

Dans la première moitié du XIe siècle, le seigneur de Gardonne s’estimant lésé attaque le prieuré,  « il prit et brûla l’église et tout le village » (charte 192). Les descendants de Boson le vieux n’auront pas un comportement irréprochable non plus se comportant toujours en seigneur des lieux puis  en offrant le prieuré Saint-Sylvain à l’abbaye de Paunat après avoir envahi le monastère et dispersé ses habitants (charte 21). Il faut du temps pour que les religieuses rentrent dans leur droit mais quand justice est rendu, le prieuré doit faire face à des périodes de conflits, à de nouvelles attaques et à de nouvelles convoitises des seigneurs voisins.

Le conflit avec l’Angleterre des Plantagenêts, la guerre de cent ans et la fin du prieuré Saint-Sylvain

En 1152, Aliénor d’Aquitaine épouse Henri II Plantagenêt. Ce dernier, devenu duc d’Aquitaine, est couronné roi d’Angleterre en 1154 et l’Aquitaine devient alors une possession anglaise. C’est ainsi que débute trois siècles de conflits entre les Capétiens et les Plantagenêts.

Aliénor d’Aquitaine et Henri II Plantagenêt…, vers 1301-1400, BnF, Manuscrit Français 123, folio 229.

Un temps éloigné des zones de conflits plutôt concentrées au nord du Périgord, en ce début du XIIIe siècle, la bataille va faire rage dans la vallée de la Dordogne jusqu’en 1226 quand les troupes anglaises prennent Bergerac. Le conflit reprend en 1254, la nouvelle défaite du seigneur de Bergerac conduit à l’occupation anglaise de la région jusqu’en 1264.

Destruction, spoliation, insécurité, la période de calme et de prospérité prend fin pour le Bergeracois et le prieuré de Saint-Sylvain qui sortira ruiné de cette période troublée. Malgré une brève accalmie à la fin du XIIIe siècle, on assiste en 1320 au départ des dernières religieuses. Seule l’église a pu être reconstruite, le prieuré, faute de moyens, est sans doute laissé à l’abandon.

Progressivement, les seigneurs voisins vont mettre la main sur les terres de l’abbaye. L’abbesse de Saintes perd peu à peu non seulement les terres, mais également la seigneurie et un certain nombre de rentes. A la Révolution, il subsiste peu de chose du prieuré Saint-Sylvain et cette période marque la fin des possessions de l’abbaye royale de Saintes à Lamonzie Saint-Martin.

L’église Saint-Sylvain

On ne traverse pas une histoire aussi mouvementée sans subir de gros dommage et l’église Saint-Sylvain est souvent sortie ruinée et délabrée de ces périodes troublées. Il est difficile de retracer l’histoire de cette église. Les archéologues datent le clocher-mur actuel  ainsi que la tour en briques à l’est de la fin du XIIIe-début du XIVe siècle. Il s’agit d’éléments défensifs, seuls vestiges de l’église d’alors.

Ce clocher-mur fortifié est construit en briques et est pourvu d’une haute bretèche (construction en surplomb de la porte permettant de lancer des projectiles à la verticale de l’ennemi). Au dessus de la bretèche, le clocher comporte un triplet, trois baies plein-cintre ou niches campanaires, la baie de droite (quand on est face au clocher) est plus haute et plus large que les deux autres. Seule la baie du milieu abrite une cloche. Au dessus de ces trois baies, on distingue une petite baie étroite.

Eglise Saint-Eglise Saint-Sylvain de Lamonzie Saint-Martin : le porche défensif avec les niches campanaires Sylvain de Lamonzie Saint-Martin : vue avec le porche défensif à l'ouest et la tour en briques à l'est.

Eglise Saint-Sylvain de Lamonzie Saint-Martin : le porche défensif avec les niches campanaires – ©MCweb.

En 1875, Charles Durand de la Société Historique et Archéologique du Périgord fait état d’éléments anciens découverts à l’intérieur de la tour en brique, appelée aussi pigeonnier, qui s’appuie contre le mur est de l’église.

Il s’agit de morceaux de sculptures, en partie enterrés : les figurines, objet de ma visite, gravées sur deux charmants chapiteaux romans, parfaitement conservés. Je reconnus alors la croisée primitive du chœur…Cette croisée… ne devait sa conservation qu’à l’adjonction de la tour, dans laquelle elle disparaît.  Malheureusement, on ne sait aujourd’hui ce que sont devenus ces sculptures. Il reste des photographies, en très mauvaises état, prises par Charles Durand lors de sa visite à Lamonzie.

Eglise Saint-Sylvain de Lamonzie Saint-Martin : vue sur la tour en brique adossée à l'église sur le mur Est

Eglise Saint-Sylvain de Lamonzie Saint-Martin : vue sur la tour en brique adossée à l’église sur le mur Est – ©MCweb.

Au cours des siècles suivants, à défaut de ressources suffisantes, quelques réparations d’urgence ont été effectués. Au cours du XVIIIe siècle, des travaux plus importants, indispensables, vont être entrepris mais à la Révolution, l’église est en mauvais état et mal entretenue et personne ne peut prendre en charge ces dépenses.

A la fin du XIXe siècle, en 1888, la commune prend contact avec un architecte bergeracois  et d’importants travaux, financés par souscription publique, seront réalisés entre 1892 et 1894 : nouvelle voûte en brique, surélévation des murs de la nef, construction de contreforts…qui vont donner à l’église une allure rajeunie.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sources

    • Marthe Marsac. Le prieuré des bénédictines de Saintes à Saint-Silvain en Périgord 1. Bulletin de la Société Historique e Archéologique du Périgord, 1976, 3, 180-199.
    • Marthe Marsac. Le prieuré des bénédictines de Saintes à Saint-Silvain en Périgord 2. Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, 1976, 4, 268-284.
    • François Le Nail – Vieilles églises en Périgord. Tome 3 : les clochers-murs. PLB Editeur, 1993. 99 p.
    • Allan Tissot. Une abbaye de renom à l’époque moderne : l’Abbaye aux Dames de Saintes (fin du XVe siècle – début XIXe siècle). Histoire. Université Michel de Montaigne – Bordeaux III, 2012. Français. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00909678/document

Remerciements

Je remercie vivement la mairie de Lamonzie Saint-Martin qui m’a très aimablement transmis des photographies de l’église Saint-Sylvain.

4 Commentaires

  1. LAROCHE Yves-Alain

    Bonjour Madame,
    je viens de prendre connaissance du résultat de vos recherche concernant l’ église Saint Sylvain de Lamonzie-Saint-Martin, d’abord il faut savoir que la commune est le rassemblement de 3 paroisses, Saint Sylvain, Saint Martin et Saint Roch, d’ou 2 églises et une chapelle. Connaissant bien ces 3 édifices, je peux me permettre de vous dire que sur les photos qu’ont vous remis le choeur de l’ église est celui de l’ église Saint Roch, et que le sol de la chapelle Saint-Martin s’ est bien affaisé et que lors des fouilles il a était mis en évidence les fondations d’un mur plus ancien ainsi que des ossements et des morceaux de poteries. Sachez qu’il existe à Lamonzie une association: Lamonzie d’ Antan et de Demain qui pourra vous renseigner avec plus de précisions.
    Mr LAROCHE Yves-Alain

    Répondre
  2. Cyril Pralong

    Bonjour.
    C’est tout à fait étonnant. Quelle est le nom de la famille qui vous a rapproché de Lamonzie ?
    J’ai fait une partie de ma généalogie. Et une des branches vivait à cet endroit, de mémoire du 18e siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale, pour finir par être très liée avec d’autres familles de Prigonrieux. Ce qui n’est pas étonnant car il me semble qu’il existait un bac entre les deux communes.

    Si vous voulez bien, je suis très intéressé par échanger avec vous.

    Bonne fin de journée.

    Cyril Pralong

    Répondre
  3. Terreaux

    Toutes mes félicitations ! encore bravo pour ce travail et merci pour l’enrichissement qu’il nous apporte,,, On en redemande ! Continue ainsi. Marie Terreaux

    Répondre
    1. admin24 (Auteur de l'article)

      Merci Marie pour ces encouragements !

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.