Petites chroniques périgourdines

Périgueux : au cœur de Puy Saint-Front médiéval et Renaissance

Hôtel d'Abzac de Ladouze vu de la tour Mataguerre Construit du XIIIème au XVIème siècle.

Vendredi 19 octobre dernier, par une belle matinée d’automne, un groupe se forme devant l’office de tourisme de Périgueux. S’agit-il de touristes qui profitent de l’arrière-saison en Périgord ? Non, il s’agit de la première sortie « Patrimoine » de l’année 2018-2019 de lUniversité du Temps Libre de Bergerac (UTL) et les participants  se retrouvent, place du Coderc, pour une visite guidée de Périgueux ou plus exactement pour une visite de Puy-Saint-Front médiéval et renaissance.

Puy-Saint-Front et la « cité », les débuts difficiles de Périgueux

Périgueux, historiquement, est une ville double avec d’un côté la « cité », héritière historique de la ville gallo-romaine Vesunna et de l’autre, Puy-Saint-Front, la ville médiévale qui s’est formée à la fin du XIème siècle-début du XIIème siècle.

En effet, les invasions de la fin du IIIème siècle ont en grande partie détruit Vesunna. La ville se replie alors, pour faire face à de nouvelles menaces, sur une portion de territoire de 5,5 hectares. En ces temps troublés, pour se protéger, elle sera bientôt entourée d’une enceinte de 959 mètres renforcée par 24 tours de 8 mètres de diamètre. C’est l’origine de ce que l’on va appeler la « cité », résidence des comtes de Périgord et siège épiscopal autour de la cathédrale Saint-Etienne.

Carte de François Belleforest Cosmographie Universelle de 1575 : Le vray pourtraict de la ville de Périgueux

A gauche de la carte, la cité repliée sur ses 5,5 hectares et à droite, Puy-Saint-Front qui s’étend sur la colline, au bord de l’Isle. Carte de François Belleforest Cosmographie Universelle de 1575 : Le vray pourtraict de la ville de Périgueux – © Gaby24

Au nord-est de la Cité, une communauté religieuse s’installe sur le territoire de Puy-St-Front sur le site présumé du tombeau de saint Front, site qui deviendra un lieu de pèlerinage. A la fin du XIème siècle-début du XIIème siècle, se forme alors autour du monastère et de quelques foyers la ville nouvelle de Puy-Saint-Front. Indépendante de la « cité », la ville va se développer malgré un terrible incendie en 1120.

Une union compliquée

De graves divergences émailleront les relations entre la cité et le Puy mais en 1240 un acte d’union est signé entre les deux villes. Cet acte dote les deux villes d’une administration commune et affiche la volonté de construire une enceinte commune (ce qui ne sera jamais réalisé). Toutefois, les deux villes gardent une certaine liberté et dans les faits, cet acte ne permet pas de les unir de façon homogène.

Traité d'union de 1240 entre la cité et Puy Saint-Front

Traité d’union de 1240 entre la cité et Puy Saint-Front – Archives départementales 24.

Au cours de la guerre de Cent ans, quand Puy-Saint-Front affirme son attachement au roi de France, la cité, au gré des alliances, fera allégeance aux anglais. Le soutien de Puy-Saint-Front à la couronne de France permet aux bourgeois de la ville, devenue « Bourgeois du roi », de contrebalancer les pouvoirs de l’évêque dans la cité ce qui aura des conséquences très positives sur son avenir.

A partir de la deuxième moitié du XIIIème siècle, la ville de Puy-Saint-Front connaît une période de stabilité et de forte croissance économique et démographique (autour de 1365, on compte environ 1500 familles). Située au carrefour de voies de communication importantes, la ville a de nombreux atouts pour continuer à prospérer. Les marchands et les artisans du Puy, moteurs de cette croissance, s’impliquent également dans la vie politique de la cité.

En 1552, la création d’un présidial (sorte de tribunal de moyen-instance sous l’ancien régime) à Périgueux permettra à de riches marchands et à des hommes de droit de bénéficier de charges anoblissantes. Preuve de leur ascension sociale, la construction d’hôtels et de résidences richement décorés vont continuer à façonner le cœur de la ville.

Balade dans Puy Saint Front médiéval et Renaissance

Place du Coderc

Nous démarrons la visite Place du Coderc, une des plus anciennes place de la ville, où les bourgeois du Puy ont construit de belles demeures comme au numéro 10 de la place avec une maison de la première moitié du XIIIème siècle. A l’angle de la place avec la rue Limeogeane, se dresse la « maison Lapeyre » ou « maison Pouyaud » (du nom de ses anciens occupants) qui a été en partie détruit en 1719. Cet édifice comporte une tourelle d’angle à encorbellement datant de la fin du XVIIème siècle.

Depuis le traité d’union de 1240, les deux villes ont eu une administration commune. Dix ou douze consuls dont deux pour la Cité administrent l’agglomération. La maison consulaire se dressait sur la place, il s’agit d’un bâtiment construit au XIIème siècle constitué d’une tour carrée surmontée plus tard de mâchicoulis et d’un toit pointu. Après sa destruction, il a été remplacé par les halles actuelles.

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La maison du pâtissier

De la place Coderc, nous allons directement place Saint-Louis où nous faisons un arrêt devant la maison du pâtissier. Elle est appelée également maison Franconi (du nom du pâtissier à qui elle fut vendue en 1818) ou maison Tenant (autre propriétaire à partir de 1897).

Elle se dresse à l’angle de la place Saint-Louis et de la rue Eguillerie. Il s’agit d’une maison médiévale gothique construite au XIVème siècle et modernisée en 1518 avec la construction d’une porte à pan coupé de style renaissance à l’angle des deux rues.

Elle comprend également une tourelle à encorbellement abritant un escalier à vis. Sur la façade donnant place Saint-Louis, on distingue des fenêtres de type roman, gothique et renaissance. Sur la façade de la rue d’Eguillerie, s’ouvre une fenêtre à meneaux avec un rebord très sculpté

Périgueux : maison du pâtissier - Façade donnant sur la place Saint-Louis

Périgueux : maison du pâtissier – Façade donnant sur la place Saint-Louis – ©Gaby24

Hôtel d’Estignard

Nous reprenons la rue Limogeanne pour cette fois admirer l’hôtel d’Estignard situé au numéro 3-5 de la rue. C’est un édifice Renaissance bâti à l’emplacement de bâtiments médiévaux en grande partie rasés.

La très belle façade de style Renaissance val de Loire comporte de belles fenêtres à meneaux et compte une quarantaine de chapiteaux tous différents. La partie gauche de la façade présente des fenêtres qui ne sont pas au même niveau que les autres. Cette partie abrite une escalier à vis que les fenêtres doivent éclairer à bon escient.

A gauche du bâtiment, une cour intérieure permet l’accès au bâtiment. La porte richement décorée comporte un linteau avec blason. Au dessus de la porte, on peut voir une salamandre emblème de François 1er.

Périgueux : maison d'Estignard

Périgueux : maison d’Estignard – ©Gaby24

Hôtel de Saint-Astier

L’hôtel de Saint-Astier construit au XVIème siècle se situe 2 rue de la Miséricorde. Il nous faut rentrer dans le bâtiment pour admirer l’élément le plus notable de cet hôtel à savoir le magnifique escalier en pierre de style Renaissance. Il dessert deux étages avec un vide central délimité sur les différents niveaux par des colonnes avec chapiteaux sculptés.

C’est un escalier de type italien avec volée de marches et espalier. Les marches sont en pierres monolithes et les plafonds à caissons sont richement décorés de formes géométriques ou de motifs végétaux.

Périgueux : escalier renaissance de l'hôtel Saint-Astier

Périgueux : escalier renaissance de l’hôtel Saint-Astier – ©Gaby24

La cathédrale Saint-Front

Depuis la rue de la Miséricorde, nous continuons notre chemin au travers de la ville pour nous retrouver devant la cathédrale Saint-Front. Difficile ici de rédiger en quelques lignes l’histoire de ce monument central de Puy-Saint-Front.

On peut quand même rappeler que l’on construit la première église sur le site vers 500-536 mais, cette église est détruite par les Normands en 845.

En 976, l’évêque Frotaire fait construire une abbaye sur l’emplacement de l’ancienne église. Mais dès 1047, l’église abbatiale ne peut accueillir tous les pèlerins, aussi, une église à coupole (héritage des croisades) est édifiée au cours du XIème siècle dans le prolongement de l’église existante. Les deux églises se partagent le même chœur. L’incendie de 1120 détruit la vieille église et une partie de l’abbaye.

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Pour agrandir l’église, on construit vers 1350 une chapelle dédiée à Saint-Antoine puis en 1565, une église paroissiale dédiée à Saint Jean Baptiste puis à Sainte Anne (emplacement actuel de la chapelle de la Vierge). Vers 1760, les coupoles, en mauvais état, sont recouvertes d’une charpente et d’une toiture en ardoise.

Au XIXème siècle, la cathédrale fait l’objet d’une restauration qui durera une cinquantaine d’années. Paul Abadie qui construira plus tard la basilique du Sacré-Cœur à Paris redessine l’ensemble de l’édifice en conservant le plan et les volumes et en reconstruisant les coupoles qui, en raison de leur très mauvais état avaient été détruites. De l’édifice du XIIème siècle, il subsiste aujourd’hui le clocher et les cryptes.

Par la rue Saint-Roch et rue Aubergerie

De la cathédrale, nous nous engageons à nouveau au cœur du Puy Saint-Front médiéval. Maisons à pan de bois, hôtels particuliers, demeures médiévales agrandies et embellies à l’époque Renaissance… la rue Saint-Roch et la rue Aubergerie nous livrent de beaux exemples de l’architecture du Moyen-âge et de la Renaissance.

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Maison dite « des Dames de la foi »

Nous poursuivons notre périple par la rue des Farges, une des plus anciennes rue du Puy Saint-Front construite sur le tracé d’une voie romaine. Nous arrivons devant une remarquable demeure construite fin du XIIème-début  XIIIème.

Propriété de l’ordre du Temple au milieu du XIIIème siècle, elle est vendue en  en 1332 à un bourgeois de la ville comme l’atteste un acte de vente. Elle deviendra propriété des Arnault de Golce puis des Arnaud de Laborie qui en font don en 1680 à l’ordre des Dames de la foi. Elles y établissent un couvent qui sera fermé en 1792.

Il s’agit d’une maison romane initialement à deux niveaux. L’édifice a été modifié au XVIème siècle avec l’ajout d’un étage et d’un mur de refend. Côté rue, au rez de chaussée, trois grandes arcatures indique que l’édifice a eu une fonction commerciale.

Périgueux : maison dite "Dames de la Foi" ou ancien hôtel Arnaud de Laborie

Périgueux : maison dite « Dames de la Foi » ou ancien hôtel Arnaud de Laborie – ©Gaby24

La tour Mataguerre et les fortifications de la ville

Infatigable sentinelle, la tour Mataguerre semble toujours veiller sur Périgueux. Cette tour est l’unique vestige de l’enceinte fortifiée qui protégeait Puy Saint-Front de possibles attaques. On ne sait exactement quand fut construite ces fortifications mais, en 1182, on constate l’existence d’une enceinte destinée à protéger ses habitants.

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Dernier vestige de cette enceinte, la tour Mataguerre a été entièrement reconstruite au XVème siècle et sa toiture, en mauvais état, supprimée en 1807. On accède par un escalier très étroit à la salle de garde et au chemin de ronde. Du chemin de ronde, on a une vue  à 360° sur Périgueux.

Pour continuer la visite

Consulter en ligne le très bel album photographique de Gaby24 – http://perigord.perigueux.af24.fr/

Sources

  • Atlas historique des villes de France publié sous la direction de Ch. Higounet, J.B Marquette et Ph. Wolff, « Périgueux Dordogne », CNRS éd., 1984.
  • Higounet Charles, Higounet Arlette. Origines et formation de la ville du Puy-Saint-Front de Périgueux. In: Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 90, N°138-139, 1978. Hommage à Philippe Wolff. pp. 257-274.
  • Higounet-Nadal Arlette. Les facteurs de croissance de la ville de Périgueux au Moyen-Âge. In: Annales de démographie historique, 1982. Villes du passé. pp. 11-20. www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1982_num_1982_1_1524
  • Higounet-Nadal Arlette. Une famille de marchands à Périgueux au XIVe siècle : les Giraudoux. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 20ᵉ année, N. 1, 1965. pp. 110-133; https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1965_num_20_1_421766
  • Marin Agnès. Dordogne. Périgueux, Maison dite « des Dames de la Foi », 4-6 rue des Farges. In: Bulletin Monumental, tome 161, n°3, année 2003. pp. 244-247; https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2003_num_161_3_1223

 

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