Petites chroniques périgourdines

A l’hôtel-dieu de Hautefort, la médecine traverse les siècles

MOSSOT — Travail personnel Ancien hôpital d'Hautefort - Vue de l'ensemble avec la façade de l'église CC BY-SA 3.0

A l’hôtel-dieu de Hautefort, la médecine traverse les siècles… Ah oui ? Oui, c’est ce que nous avons découvert lors de la première sortie Patrimoine (saison 2021-2022) de l’Université du Temps Libre de Bergerac (UTL).

Aux origines de l’hôtel-dieu de Hautefort

Les hôtels-dieu, institutions de tradition ancienne administrées par l’église, accueillaient et soignaient pauvres, mendiants et indigents.  La construction de l’hôtel-dieu de Hautefort ne découle pas de cette tradition, il a été fondé plus tardivement suite à un édit royal de 1662 .

Salle de malades médiévale – Licence Creative Commons, Musée AP-HP.

En effet, en 1656,  les guerres, la pression fiscale, les crises économiques.. engendrent une pauvreté galopante jetant dans les rues et sur les routes pauvres, indigents, personnes sans travail… ce qui constitue pour le pouvoir une menace et une atteinte à l’ordre et à la morale.

Par édit royal, Louis XIV crée donc à Paris l’hôpital général chargé d’enfermer et mettre au travail pauvres, mendiants ou prostituées… Cet édit de 1656, appelé édit royal du « grand renfermement des pauvres de Paris » va provoquer un afflux de pauvres vers la capitale ce qui conduira à la promulgation d’un nouvel édit. L’édit royal de 1662 ordonne en effet la création d’un hôpital en chaque bourg et ville du royaume pour loger, enfermer et nourrir les pauvres mendiants invalides, natifs des lieux ou qui auront demeurés pendant un an, comme aussi les enfants orphelins ou nés de parents mendiants.

La cour des miracles – Gravure in « le grand Coësre ». Jacques Lagniet, Paris, 1663.

C’est dans ce contexte, qu’en 1669 le marquis Jacques-François de Hautefort, grand et premier écuyer de la reine, décide de créer à Hautefort un hôtel-dieu destiné à accueillir les indigents de la région.

L’hôtel-dieu de Hautefort, un peu d’histoire

Il semble qu’avant 1470, il existait à Hautefort un hôpital dédié à Saint-Jacques situé à proximité de l’hôpital fondé par Jacques-François de Hautefort.

L’acte de fondation de l’hôpital est signé à Paris devant notaires, le 4 février 1669, par le marquis Jacques-François de Hautefort.  La construction du bâtiment commence en 1670 et s’étale sur près d’un demi-siècle. L’hôpital sera achevé en 1717.

Avec son architecture en croix grecque, ce bâtiment, unique en nouvelle aquitaine, est constitué, sur deux niveaux, de quatre branches de longueur égale. Au rez de chaussée, la branche principale accueille la nef de la chapelle dédiée à la Sainte Trinité. Le chœur de la chapelle surmonté d’une rotonde constitue le noyau central du bâtiment. Les sept autres salles communiquent avec le chœur par un système de claustras pourvus de volets permettant aux malades d’assister à l’office. A l’arrière, deux bâtiments plus bas  sont accolés au bâtiment central.

On doit les plans de l’hôpital à l’architecte parisien Jacques Maigret. La réalisation du chantier est confiée par contrat en date du 19 avril 1670 à maître Estienne Nollet, sous la direction de Jacques Maigret.

Plan de l’hôtel-dieu de Hautefort – Croquis de François JEANNEAU, architecte des Bâtiments de France. 1986, Référence : 04R05849. Avec l’aimable autorisation de François Jeanneau, architectes en chef des Monuments historiques.

Le bâtiment peut accueillir 33 pauvres (11 hommes, 11 femmes et 11 enfants).  Ce chiffre ne doit rien au hasard, il est choisi par le marquis de Hautefort et  fait référence aux 33 ans de la vie du Christ. L’acte de fondation précise
ledit seigneur marquis dit et déclare qu’il entend fonder à cet esfet par cs présentes, dans sa terre et marquisat d’Hautefort, un hospital des pauvres, y enfermés au nombre de 33, en l’honneur des trente trois années que le seigneur J.-C. a employé sur la terre à l’ouvrage de nostre rédemption.

En 1678, il est décidé, en l’honneur des 66 ans de vie de la Vierge marie, de doubler le nombre de pauvres accueillis mais, faute de moyens suffisants, le nombre de malades accueillis restera limité à une trentaine.

Les premiers pauvres arrivent en 1679 avant la fin des travaux. Onze hommes sont accueillis dans la salle du Père éternel, onze femmes dans la salle du Saint-Esprit et onze jeunes garçons dans la salle du verbe divin.

En 1717, à la fin des travaux, la chapelle de l’hospice est bénie et le culte peut y être assuré. Le dôme a été peint au cours du XVIIIe siècle mais on ignore le nom de l’artiste. Il s’agit peut-être d’un des artiste peintres ayant travaillé au château. La peinture illustre le couronnement de la Vierge. Au dessus d’elle, Dieu le père bénit de la main droite tandis qu’en face de lui, Dieu le fils tient une croix dans la main droite et une couronne dans la main gauche.

Coupole de la chapelle de l'hôpital de Hautefort -

Coupole de la chapelle de l’hôpital de Hautefort – ©André Fauré.

L’hôpital de Hautefort est d’abord dirigée par des “filles dévotes” ou “gouvernantes” et un “économe” ou “syndic”. En 1747, le frère du marquis de Hautefort (à l’origine de la construction) fait appel aux sœurs de la congrégation de Nevers pour diriger l’hôpital. Elles assureront cette mission d’abord au sein de l’hôtel-Dieu puis dans la maison de retraite construite à proximité jusqu’en 1995.

La fin de l’hôpital de Hautefort ?

A la fin du XIXème siècle, le l’hôpital est vétuste et ne répond sans doute plus aux nouveaux besoins. En 1894, un premier projet propose de construire un nouvel hospice et de raser l’ancien mais ce projet aurait pour conséquence la disparition de la chapelle, lieux de culte du village. Le curé Pécout, pour s’opposer au projet,  prend une décision radicale et fait la grève des vêpres… (Source : journal paroissial de Hautefort, N° 28 octobre 1985).

Le projet de nouvel hospice prend forme en 1904, cette année-là, on pose la première pierre du nouveau bâtiment. Au premier janvier 1907, on assite au transfert de l’hospice de Hautefort dans le nouvel hospice.

Cependant, pendant la guerre de 1914-1918, le vieil hôpital va reprendre provisoirement du service.  En 1915, Hautefort est choisi comme lieu de dépôt des 84e et 284e régiments d’infanterie ce qui conduit à aménager un hôpital militaire dans l’ancien hôpital désaffecté en 1907.

Hôpital militaire français pendant la Première Guerre mondiale – Domaine public.

L’ancien hôpital sera ensuite classé « Monument historique » le 27 août 1931. Après plusieurs campagnes de restauration, le bâtiment va vivre une seconde vie en tant que musée de la médecine.

Il est difficile de dater précisément à quel moment la décision d’ouvrir le bâtiment au public a été prise. Le journal paroissial de Hautefort (n°35 de juillet 1986)  nous apprend cependant que l’ancien hôtel-Dieu a ouvert au public à titre expérimental en juillet et août 1986. Après une étude pour le développement muséographique de l’ancien hospice de Hautefort par Lafond-Greletty, il est décidé en 1994 d’ouvrir un musée de la médecine. Le musée ouvre en 1995, il sera géré par l’association de muséographie médicale de Hautefort fondée en 1994.

L’hôtel-dieu de Hautefort, un étonnant musée de la médecine

Par un bel après-midi d’octobre, notre groupe arrive à l’office de tourisme hébergé dans l’aile nord de l’hôtel-Dieu. Notre guide nous attend et pendant deux heures nous allons cheminer avec lui pour découvrir les différentes salles du musée et mesurer l’évolution de la médecine au cours des siècles.

La salle du Saint-Esprit

On a reconstitué dans cette salle une salle d’hôpital  telle qu’elle pouvait accueillir les malades après la construction de l’Hôtel-Dieu. Dans des vitrines, on découvre des bol à sangsues, un trépan du XVIIe siècle,  des lancettes pour faire des saignées, crachoirs, bassins… Plus loin, Un médecin équipé d’un grand nez évoque les épidémies de peste et l’ on se réjouit de ne pas avoir à côtoyer les médecins de l’époque.

Dans le fond de la pièce, un magnifique meuble d’apothicaire attire nos regards et à proximité, on découvre un « tour », un meuble pivotant qui permettait l’abandon d’enfants. Une fois le bébé déposé dans le tour, les parents actionnaient la cloche pour prévenir les religieuses. De 1810 à 1845, 1947 enfants furent ainsi abandonnés. Le tour a été supprimé en 1847.

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La salle du verbe divin

Cette salle abrite une magnifique collection de chasubles et d’objets du culte, un drap mortuaire utilisé lors des obsèques du comte Maxence de Damas ainsi qu’un meuble de sacristie équipé de tiroirs pour ranger les chasubles… Une vitrine rappelle que Bernadette Soubirous appartenait à la congrégation des sœurs de Nevers.

Dans cette salle, on peut également voir le système des ouvertures à claustras qui permettait aux malades d’assister à l’office.

Pour un aperçu de la salle : http://www.musee-hautefort.fr/salle-du-verbe-divin-2/

La chapelle

La chapelle est constituée de l’aile ouest et de la coupole centrale. Le sol de la chapelle est en pisé,  une étoile à douze branches orne le sol de la rotonde. L’autel situé au centre de la rotonde pouvait être vu par tous les malades depuis les différentes ailes. On peut également voir dans cette chapelle le mausolée de Sigismonde Charlotte Laure de Hautefort épouse du baron Maxence de Damas. Ce mausolée a été classé Monument historique en 1978.

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On quitte ensuite la chapelle pour accéder à l’étage où nous allons découvrir les quatre autres salles.

La salle d’Hippocrate

Cette salle est dédié à la pharmacie et à la fabrication des médicaments. De très belles pièces exposées dans cette salle permettent de suivre l’évolution de la discipline : moulin d’apothicaire, presse et mortier, alambic pour la préparation des sirops, canars de malade, pots d’apothicaire… une collection d’ouvrages médicaux dont certains très rares sont soigneusement rangés dans une très belle bibliothèque à vitrines.

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La salle Platon

Cette salle avec quatre cabinets dentaires et un atelier de prothésiste dentaire retrace l’évolution de la dentisterie de 1900 à 1970. Nul doute, que la visite de cette salle a évoqué de bien mauvais souvenirs à certains des membres de notre groupe !

Cabinet dentaire

La salle Aristote

Située dans l’aile est, la salle Aristote accueille des expositions temporaires et est dédié à l’histoire de la radiographie. On y trouve également du matériel de gynécologie.

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La salle Galien

Une exposition dédié à Pasteur nous rappelle en ses temps de Covid ce que l’on doit à celui qui a découvert les bactéries et a milité pour des mesures d’hygiène strictes dans les hôpitaux. On y découvre également un cabinet d’ORL des années 50, des stérilisateurs, des appareils respiratoires…

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Le musée de la médecine a permis de redonner vie à un magnifique bâtiment. Les collections, fruit du travail de l’association de muséographie médicale de Hautefort, sont remarquables et permettent aux visiteurs de mesurer combien la médecine a évolué dans le temps.

Références

 

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