Après avoir quitté la route Sarlat-Les Eyzies, nous empruntons des petites routes sinueuses, étroites, qui serpentent à travers des paysages boisés préservés, peu fréquentés. Arrivés au parking du site, il nous reste encore une marche d’environ 800 mètres quand, au détour du sentier, la vue s’ouvre soudainement sur Commarque : un panorama spectaculaire, où le site se dévoile dans toute sa splendeur.
Les ruines de Comarque s’étagent sur une falaise surplombant la rivière Beune, face à d’autres sites préhistoriques célèbres comme La Madeleine ou Font-de-Gaume. Le site se compose d’un ensemble d’édifices construits et reconstruits au fil des siècles, mêlant structures médiévales, remaniements du XVIe siècle, et aménagements du XVIIe siècle. La végétation a longtemps envahi ces ruines, compliquant leur étude, mais un programme de fouilles et de restaurations a permis de mieux en saisir la complexité.
Un site habité dès la préhistoire
Au pied du donjon, la grotte préhistorique abrite 150 gravures magdaléniennes vieilles de 15 000 ans. Découverte en 1915 et classée Monument historique dès 1924, cette cavité révèle l’occupation continue du site bien avant l’édification de la forteresse médiévale. Par souci de conservation, la grotte n’est pas ouverte au public.
Un château médiéval aux origines incertaines
Les premières traces écrites du castrum datent du XIIIe siècle, mais la datation précise de ses origines reste difficile. Ce qui est certain, c’est qu’il s’agissait d’un ensemble de bâtiments disparates, évoquant un « castrum » au sens ancien, c’est-à-dire un assemblage de fortifications et de résidences isolées, plutôt qu’un château homogène.
Les vestiges archéologiques révèlent plusieurs phases de construction : un premier ouvrage romain ou roman du XIIe siècle, suivi de reconstructions et d’aménagements à partir du XIIIe siècle, notamment avec la construction d’un donjon gothique au XIVe siècle. Le site a été modifié à plusieurs reprises, selon les besoins militaires, résidentiels ou religieux.
Une architecture composite
Le site est composé de plusieurs éléments remarquables :
- La tour romane : une tour quadrangulaire du XIIe siècle, anciennement probablement utilisée comme tour de guet ou de défense, avec ses murs épaissis et ses fenêtres à arc brisé.
- Le logis seigneurial : un bâtiment plus récent, remanié au fil du temps, avec des fenêtres décoratives, des cheminées, et des aménagements intérieurs sophistiqués. La grande salle, probablement destinée à l’administration ou à la justice, date du XIVe siècle.
- Le donjon gothique : ajouté au XIVe siècle, il se distingue par ses formes trapézoïdales, ses fenêtres à colonnettes, et ses dispositifs défensifs modernes pour l’époque, comme des mâchicoulis élaborés.
- La chapelle Saint-Jean : surplombant l’entrée, cette chapelle superposée témoigne de la dimension religieuse du site, tout en étant intégrée à la forteresse.
On note également la coexistence de plusieurs habitats indépendants :
- Les maisons fortes : des bâtiments avec tours, poternes, et enceintes séparées, conçus pour la défense individuelle.
- Les maisons nobles : des résidences plus élaborées pour la famille seigneuriale, avec des éléments architecturaux sophistiqués.
- Les bâtiments annexes : fours, écuries troglodytiques, poternes, et passages secrets, témoins d’un mode de vie où la sécurité et la furtivité étaient primordiales.
Les vestiges montrent aussi une grande diversité d’aménagements : fossés, poternes, passages intégrés dans la roche, et structures en partie troglodytiques, témoignant d’une utilisation ingénieuse du relief naturel.
Une évolution complexe
Au fil des siècles, Comarque a connu plusieurs phases de développement : du site initial probablement fondé au XIIe siècle, il s’est transformé pour faire face aux enjeux militaires du Moyen Âge, notamment avec la guerre de Cent Ans. Au XVIe siècle, des travaux de remise à jour ont été effectués, notamment pour renforcer la défense et l’habitat résidentiel.
Vers le XVIIe siècle, le site a été peu à peu abandonné, et ses structures ont été laissées à l’abandon ou modifiées pour accueillir de nouvelles fonctions.
La restauration et l’accès au public
Abandonné au XVIIIᵉ siècle, il tombe en ruines avant d’être racheté en 1968 par Hubert de Commarque pour lancer un vaste programme de restauration et de fouilles archéologiques. Le site a été partiellement restauré dans les années 2000 afin de préserver son patrimoine. Aujourd’hui, le castrum de Commarque est accessible aux visiteurs qui peuvent explorer les ruines lors de visites guidées ou en autonomie, grâce à un parcours balisé.
Des animations, des ateliers pour enfants et des événements culturels y sont également organisés pour enrichir l’expérience et sensibiliser un large public à l’histoire médiévale.








